Mouf ! Ta mère ! Ta grand-mère !

Crédit Photo: Daniel Ndieh

Le moto-taximan gare devant le chauffeur pour lui demander des comptes

Il faut être respectueux et poli, savoir dédramatiser quand on est face à une situation quelque peu gênante ; des comme ça, je pourrais vous en citer tellement, autant je me rappelle de mes classes de cours élémentaires et mes leçons de civisme. Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer, pour qu’on n’en arrive à des échanges verbaux indécents sur la voie publique ? La société camerounaise a-t-elle perdu tout sens de l’éthique ? Croyez-moi, ils sont nombreux aujourd’hui qui le pensent vraiment, puisque quotidiennement confrontés à des problèmes moraux ou éthiques.

Je venais de boucler une interview avec un jeune artiste de la place et il me tardait de rentrer chez moi car la météo, devenue très incertaine, changeait déjà d’humeur… J’ai donc emprunté le premier taxi qui a klaxonné (au Cameroun, les taxis font « un » klaxon quand la destination les arrange ; au cas contraire, ils démarrent à la vitesse de la lumière) devant moi. A peine j’avais « bâché » (terme camerounais employé lorsque vous êtes en surcharge sur le siège avant, côté passager) mon prédécesseur qu’un bruit retenti. En fait le chauffeur, très occupé à prêter son oreille droite aux différentes destinations que pestaient les clients, avait oublié de jeter un coup d’œil rapide sur son rétroviseur pour apprécier la venue derrière-lui d’un éventuel véhicule. Yôrôbô (c’est ainsi que l’appelaient les habitants du coin), le moto-taxi qui passait par là, venait alors de se faire culbuter par notre chauffeur. Ce dernier a eu la mauvaise idée de poursuivre sa course, non sans laisser au passage quelques mots clé : « Je demande hein, on t’a vendu ? Vois-moi un chien comme ça ! Les motoman (expression camerounaise pour désigner un conducteur de moteur) ci sont même comment ? C’était cependant sans compter sur la détermination de Yôrôbô, très remonté.

Le moto-taxi va finir par nous rattraper au Carrefour Régis, et profitera de l’inattention du chauffeur, concentré à ramasser ses clients, pour garer net devant notre véhicule. On a bien cru pour notre transporteur que le temps s’était arrêté. S’engage alors un dialogue des plus impudiques :

– Yôrôbô : Te voici non ? Parles encore le c¨¨¨ de ta mère je vois…

-Taximan : C’est quoi non mon frère ? Il y a quoi ?

– Yôrpobô : Mouf ! Ta mère ! Ta grand-mère ! Villageois comme ça.

– Taximan : Oui je suis villageois ; n’est-ce pas que tu es toi né en ville. Bandit ; b¨¨seur de chèvres.

-Yôrôbô : Tu dis ça à qui ? Sors d’abord ici voir ; pédé !

Bloqués sur place, nous ne pouvions calmer les deux pugilistes verbaux. Les échanges de propos étaient d’une violence qu’on n’y pouvait presque rien. Plus tard, c’est une meute de moto-taximen qui se pointe (ces derniers sont réputés très solidaires) et exigent résoudre le problème à sa manière… N’eut été l’intervention des passants (dont on admirera le courage), la situation aurait prise une tournure regrettable.

Visiblement, cela n’a suffit à calmer notre chauffeur qui estimait avoir raison sur toute la ligne : « Voyez-moi un chien comme ça ; il fallait qu’on nous laisse. J’allais lui éclater sa bouche qui est comme le vagin d’une bordel (en camerounais, une prostituée) ».

Ainsi est dépeint notre société, avec comme addition la mauvaise humeur permanente de la population, surtout celle de la capitale politique.

Il est difficile d’accepter les insultes, les injures et l’indélicatesse certes, mais les réactions instantanées (très souvent négatives) seraient-elles la solution ?

Méditons…